La liquidation judiciaire de l’association “Maison familiale rurale La Roche du Trésor” a été officialisée le 31 août dernier. La triste conclusion d’une situation qui n’a cessé de se dégrader depuis des années pour une structure d’éducation populaire longtemps citée en exemple dans les années quatre-vingt-dix. La bataille est perdue mais l’association continue d’exister.
Terminées les jolies colonies de vacances à la Roche du Trésor. La structure qui avait déjà connu les affres d’une fermeture en 1992 a mis un terme définitif à ses activités qui s’articulaient autour de la formation, des colonies et, pour l’essentiel, de l’accueil des classes découvertes. Le contexte était bien différent en 1992. “À l’époque, la M.F.R. était spécialisée dans la formation des agriculteurs et des artisans. Suite à la restructuration des M.F.R., la partie agricole a été transférée à Vercel et le volet artisanal est parti aux Fins. J’ai appris la fermeture par une injonction de ma mère. À l’époque, j’étais engagé aux J.A. nationaux. Elle m’a dit que c’était bien d’aller militer à Paris mais que je ferais bien de m’occuper aussi de ce qui se passe chez moi ! Du coup, je suis allé boire un café avec celui qui était alors le cuisinier, à savoir Jean-Michel Joly qui deviendra ensuite le directeur de la structure”, rappelle Daniel Prieur, l’ancien maire du village qui n’oublie pas ce qu’il doit à la M.F.R. où il a beaucoup appris dans sa jeunesse.

Avec d’autres acteurs du territoire, ils vont remuer ciel et terre, solliciter la classe politique, trouver des fonds, étudier différents scénarios. “On avait la chance d’avoir un site d’escalade, des cascades… Le projet s’est peu à peu structuré autour des formations diplômantes et de l’encadrement des classes découvertes. Ce chantier a abouti après 200 réunions. J’ai adoré ça”, poursuit celui qui sera président de la Roche du Trésor de 1993 à 2001.
Les jeunes urbains venaient en séjour à Pierrefontaine s’immerger dans les réalités du monde rural : visites de fermes, de fromageries, initiation à la vannerie, au travail de la pierre. “On a toujours voulu s’engager dans le tourisme social, dans l’éducation populaire”, rappelle Jean-Marie Guinchard qui faisait lui aussi partie du groupe mobilisé pour sauver la Roche du Trésor. Après la saison scolaire, la structure passait en mode colonie en juillet-août.

Pour faire face à la croissance d’activité, les administrateurs décident d’acquérir de nouveaux bâtiments sur le site de Pierrefontaine et à l’extérieur. “On a adhéré en 1996 au réseau M.F.R., ce qui a été accepté sous réserve de proposer de la formation qui s’articulait autour des métiers de la restauration, de l’animation et des sports outdoor. L’année 1996 est aussi marquée par le rachat de la maison familiale d’Orchamps-Vennes. Entre 2006 et 2008, des gros investissements ont été faits sur le site de Pierrefontaine pour remettre à niveau l’hébergement, la restauration et des équipements comme la piscine…”, déroule Jean-Marie Guinchard. La Roche du Trésor se mettait alors au goût du jour.
Toujours portée par cette dynamique, elle rachète en 2014 un troisième site aux Longevilles-Mont d’Or plus spécialement dédié aux activités neige et montagne. Dans ses meilleures années, la M.F.R. de Pierrefontaine emploie jusqu’à 50 équivalents temps plein et réalise près de 3 millions d'euros de chiffre d’affaires ! “La structure était portée par un conseil d’administration très dynamique, un directeur entreprenant en la personne de Jean-Michel Joly, sans oublier les bénévoles prêts à s’engager pour faire vivre un territoire. On était sans doute l’une des plus grosses associations au sein de la com’com des Portes du Haut-Doubs”, souligne Jean-Marie Guinchard qui tient aussi à rappeler que la Roche du Trésor a toujours été autonome dans son fonctionnement en étant subventionnée sur quelques formations et bien sûr sur l’investissement. Le site pouvait aussi être mis à disposition pour l’organisation de fêtes familiales, banquets, repas, séminaires…
La situation va commencer à se dégrader à partir de 2017 avec un déséquilibre croissant entre les revenus de l’activité et le poids de la masse salariale. Les collectivités qui contribuaient au financement des classes découvertes vont réduire la voilure. Ce qui se traduit par une réduction significative de la durée des séjours pour les mêmes charges de fonctionnement. L’association va se séparer d’une partie de son patrimoine immobilier : vente des sites d’Orchamps-Vennes et des Longevilles-Mont d’Or aux communes d’implantation. Des bâtiments à Pierrefontaine sont aussi vendus à l'Établissement Public Foncier. “Les activités de formation qui étaient basées à Orchamps-Vennes ont été transférées à Pierrefontaine. On a choisi de vendre aux communes pour que ces bâtiments puissent servir à des projets publics et ne partent pas à des promoteurs.”
Le 15 octobre 2024, la Roche du Trésor est placée en redressement judiciaire avec l’obligation de travailler sur un plan de continuation. “On était sur le point d’aboutir au printemps 2026 mais tout s’est écroulé quand la Région a décidé en mai d’arrêter de financer deux formations. On subissait toujours la baisse d’activité sur les classes découvertes et on a également été impacté par toutes ces affaires d’attouchements, de dérives dans les structures d’accueil des enfants.”

L’exemple de la Roche du Trésor n’est pas unique. Une soixantaine de structures similaires en France ont mis la clef sous la porte. Et la suite ?
“Pour nous, ce n’est pas un échec mais une étape, estime Jean-Marie Guinchard qui était trésorier de l’association avant d’en prendre la présidence pour gérer cette situation de crise. L’association reste en place avec l’espoir un jour de renaître de ses cendres. Si quelque chose doit se faire dans ses murs, ce sera en phase avec l’état d’esprit qui a marqué cette histoire. Ce site a une âme. On y tient.”
Des pistes ont été étudiées sur la destination de certains bâtiments à l’exemple d’un projet de Maison de santé qui serait le bienvenu sur ce territoire. “Parmi les activités importantes sur le plan humain, n’oublions pas de citer le travail d’inclusion mené avec des enfants en situation de handicap rattachés aux établissements de la Fondation Pluriel (ex-Adapei)”, rappelle Ghislaine Bassignot, l’ancienne comptable nommée directrice pour gérer la fin de la Roche du Trésor.
