Trois mois après le traumatisme de l’abattage de ses 83 bêtes, l’éleveur de Pouilley-Français touché par la D.N.C. prépare le repeuplement de son troupeau. Il vise début avril pour réaliser l’opération.
Des traînées de poudre blanche tout au long du bâtiment agricole, ce sont les traces encore bien visibles de l’aspersion de chaux vive par les services de nettoyage. Avec l’absence de meuglements, ce sont les derniers signes palpables du drame qui a touché l’exploitation de Cédric Lhomme à Pouilley-Français suite à l’abattage total de son troupeau de 83 vaches le 2 décembre dernier. Un funèbre cérémonial qui s’est étalé de 14 h 30 à 22 heures cette interminable journée de décembre. Cet épisode a profondément marqué le monde agricole local et enclenché, bien à l’insu de l’exploitant, une vague d’indignation qui avait largement dépassé les frontières de notre région.
Trois mois plus tard, alors que les feux des projecteurs se sont éteints, nous sommes allés à la rencontre du couple Lhomme, Cédric et Céline, soudés par ce douloureux épisode, à l’heure où ils s’apprêtent à enclencher la dernière étape de leur redémarrage avec le repeuplement de leur troupeau. Le bâtiment agricole dont il a fallu intégralement curer les stabilisations, avant une opération de désinfection organisée en deux temps, la seconde effectuée le 13 janvier, attend donc ses nouvelles bêtes.
Échaudés par l’épisode de D.N.C., ils restent très prudents. “Je crains le retour de la D.N.C. avec le printemps, je ne souhaite pas qu’on se précipite. Je pense qu’on ne repeuplera pas avant début avril malgré la levée sanitaire intervenue le 27 février. Je préfère prendre un peu plus de temps plutôt que de repeupler dès début mars et qu’au premier relâchement la maladie arrive avec les mouches” commente Cédric Lhomme. Les éleveurs proches ainsi que les instances agricoles ont déjà assuré à l’agriculteur de Pouilley-Français de leur soutien pour assurer le repeuplement de son troupeau.

“L’idéal serait de trouver un éleveur qui arrête, avec des bêtes qui se connaissent et une hiérarchie déjà établie dans le troupeau. Ce serait le scénario idéal. Je compte aussi sur mon maquignon pour nous aider à trouver des vaches gestantes, des vaches en lactation, des génisses gestantes et des veaux pour avoir un bon roulement dès le redémarrage” note l’éleveur installé sur son exploitation depuis 22 ans, avec ses parents au démarrage.
Cet épisode de décembre a créé une certaine psychose dans le monde agricole, avec son lot de calomnies et d’informations non vérifiées sur la supposée provenance de la maladie dont personne encore officiellement n’a déterminé l’origine pour le cas de Pouilley-Français. Il a créé aussi un élan de solidarité avec une cagnotte en ligne qui a permis de verser 32 000 euros au couple Lhomme. “Cette somme permettra d’éviter de vider la trésorerie de l’entreprise et elle a déjà servi en partie à nous rémunérer quand nous n’avions plus aucun revenu lié à l’exploitation” précise Céline Lhomme reconnaissante envers cet élan de générosité.
Et il y a bien sûr eu les indemnisations de l’État liées à la perte de leur troupeau. Une première partie versée avant la fin de l’année, l’autre en février pour un montant global de 223 000 euros correspondant à la valeur du troupeau à reconstituer, aux coûts de transport, et à la perte de production. “Nous attendons encore la partie perte de production” précise Cédric Lhomme. Mais quel que soit le montant de l’indemnisation que percevra l’exploitation, une chose est sûre : “Jamais on ne voudrait revivre ça un jour” disent en chœur Céline et Cédric Lhomme.
