Propulsé à la députation quand Annie Genevard est entrée au gouvernement Barnier en octobre2024, Éric Liégeon ne s’attendait pas à se retrouver sur les bancs de l’Assemblée nationale. Une expérience enrichissante à tous points de vue, très prenante mais qui lui permet également d’être au contact de sa circonscription. Sans oublier le lien avec l’exploitation familiale, essentielle pour son équilibre. Entretien.

Le Doubs Agricole : Pourquoi avez-vous choisi d’accompagner Annie Genevard en politique ?
Éric Liégeon :
Mon parcours reflète d’abord un engagement dans les organisations professionnelles agricoles que ce soit au sein de la F.D.S.E.A. ou à la S.A.F.E.R. En 2012, quand Annie Genevard m’a sollicité pour être son suppléant, je descendais à la réunion à la D.D.T. Elle m’a expliqué qu’elle cherchait une personne de la ruralité. J’avoue que j’étais assez circonspect avant de lui demander ce que cela signifiait en termes de responsabilités. J’ai pris deux jours pour réfléchir. Ce qui m’a convaincu : pour une fois qu’on demande à un agriculteur de s’engager. Pour moi, c’est une belle marque de confiance. Cela me semblait incohérent de refuser. Nous sommes repartis dans cette configuration en 2017, 2022 et entre-temps j’ai aussi effectué un mandat de maire à Courvières de 2014 à 2024.

Éric Liégeon, l’ancien maire de Courvières, siège à l’Assemblée nationale depuis octobre 2024.

LDA : Tout a basculé dans une autre dimension à l’automne 2024 ?
E.L.
: Je reconnais que je ne m’y attendais pas du tout. J’étais au champ avec mon fils quand j’ai appris la nomination de Michel Barnier au poste de Premier ministre. Là, je savais que les choses pouvaient changer même si je ne pensais pas qu’Annie Genevard se verrait proposer le ministère de l’Agriculture. Puis tout s’est enchaîné.

LDA : Avec une certaine appréhension ?
E.L.
: À l’époque, je n’étais pas très partant pour une vie parisienne qui est aujourd’hui la mienne du lundi au mercredi avant d’enchaîner sur la circonscription du jeudi au dimanche. J’avais effectivement une certaine appréhension mais j’avais aussi des atouts : une bonne connaissance du territoire, une expérience préalable avec les administrations, bref j’étais familiarisé avec les rouages.

LDA : Et aujourd’hui tout va bien ?
E.L.
: Au bout d’un ou deux mois, j’étais assez satisfait. J’ai rapidement trouvé mes marques et mes repères. Aujourd’hui, je l’assume pleinement. "J’ai enfilé le costume mais les bottes ne sont jamais bien loin." Si la fonction de député me plaît, c’est aussi car j’apprécie les gens, la proximité.

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LDA : Vous êtes toujours en activité professionnelle ?
E.L.
: J’ai pris ma retraite en décembre 2026. La ferme familiale est aujourd’hui exploitée par mon épouse et mes deux garçons. Je continue à les aider de temps en temps. Cela m’apaise, me ressource et m’amène de l’équilibre.

LDA : Serez-vous présent sur le salon de l’agriculture bien qu’il soit amputé des bovins ?
E.L.
: Évidemment, je vais passer au salon. Comme beaucoup, je regrette l’absence de nos belles montbéliardes et des races à viande. Je pense que je serai présent au moins deux jours pour visiter les représentants des filières de notre région et faire preuve de solidarité vis-à-vis des autres régions plus impactées par la crise agricole.

LDA : L’agriculture française n’est pas au mieux de sa forme ?
E.L.
: Effectivement, on a vraiment besoin de relancer la machine. C’est la première fois je crois qu’on importe plus de produits agricoles qu’on en exporte. On doit reconquérir des parts de marché.

LDA : Que pensez-vous du Mercosur ?
E.L.
: Certains produits comme le lait, les vins ou les spiritueux en tirent profit mais sur l’ensemble de l’accord, on ne peut décemment pas faire venir des produits cultivés dans des conditions qui ne sont pas celles qu’on nous impose. L’agriculture est la variable d’ajustement. Annie Genevard s’est battue contre le Mercosur dès les premières heures. Le 20 janvier dernier, j’ai participé avec d’autres députés et agriculteurs à la manifestation organisée devant le Parlement à Strasbourg. On a été reçu par Christophe Hansen le commissaire européen à l’agriculture et à l’alimentation. Cette mobilisation explique sans doute pourquoi les députés ont saisi la Cour de Justice qui va vérifier si l’accord de partenariat et l’accord commercial intérimaire sont compatibles avec les traités.

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LDA : La stratégie déployée par l’État pour maîtriser la D.N.C. vous semble avoir été la bonne ?
E.L.
: Oui, sans aucune hésitation. C’était bien à la communauté scientifique de se prononcer et les décisions doivent être prises à partir de là. Les mouvements d’animaux ont eu un impact catastrophique sur la propagation entre les foyers. Je suis opposé à l’abattage sélectif du simple fait qu’une bête peut être porteuse saine. Ce qui n’empêche pas d’apporter tout mon soutien aux éleveurs qui ont vu leur troupeau euthanasié. Rappelons aussi que le dépeuplement concerne 3500 bovins sur un cheptel français de 16 millions d’animaux. Pour moi, c’est la science qui doit nous guider.

LDA : Dans ce tableau sombre, la filière comté continue de briller !
E.L.
: Le record des ventes a encore été battu en 2025. Je ne suis pas sûr qu’on trouve un fromage qui affiche un meilleur rapport qualité-prix. La bonne forme du comté, c’est la garantie pour les jeunes d’un métier rentable. Cette filière a su se moderniser sur toute la ligne. On a un outil d’avenir.

LDA : La cinquième circonscription ne se limite pas à une agriculture florissante ?
E.L.
: Non et cette fonction de député m’a permis de découvrir des richesses que je ne soupçonnais pas. Sans oublier la densité du tissu associatif qui contribue aussi à la vraie cohésion sociale.

LDA : Tout va pour le mieux donc ?
E.L.
: Je mettrais juste un bémol au niveau de l’ambiance déplorable qui règne parfois à l’assemblée nationale. C’est assez navrant.

LDA : Des regrets ?
E.L.
: Non aucun, même si c’est un engagement très prenant qui se fait parfois au détriment de la vie familiale. Sans doute aussi car je ne sais pas dire non aux sollicitations.

LDA : Vous maintenez le contact avec Annie Genevard ?
E.L.
: Évidemment. On a beaucoup d’échanges sur la vie de la circonscription en particulier et sur l’agriculture en général.