À la suite des débats mouvementés sur le Mercosur et les inquiétudes des agriculteurs, le Département du Doubs a réaffirmé son soutien à l’agriculture locale, fin janvier. La présidente Christine Bouquin éclaire sur cette position politique et les outils mis en place pour favoriser les producteurs locaux.

Pourquoi avoir ressenti le besoin, fin janvier, de réaffirmer votre soutien à l’agriculture locale ?
Christine Bouquin :
Depuis plusieurs années, notre majorité a fait un choix clair : soutenir concrètement l’agriculture locale, notamment à travers l’alimentation servie dans les restaurants de nos collèges. Dans le contexte des discussions autour du Mercosur et des inquiétudes exprimées par le monde agricole, il était important de rappeler une chose simple : nos achats publics doivent d’abord soutenir nos filières locales et des productions qui respectent nos standards. C’est la continuité d’une politique que nous menons pour mieux manger dans les collèges et soutenir l’agriculture de proximité.

Entre 140 et 150 producteurs travaillent avec le Département, notamment pour la restauration scolaire (photo Florian Houtmann

Les producteurs en contrat avec le Département ont-ils fait part d’inquiétudes ?
CB :
Les agriculteurs et les producteurs locaux sont aujourd’hui confrontés à une concurrence internationale très forte, parfois avec des produits qui ne respectent pas les mêmes règles que celles qui s’imposent à eux. L’approvisionnement des collèges est pour eux un débouché concret et stable. Il sécurise des volumes et valorise des productions de qualité issues de notre territoire. C’est aussi pour cela que nous tenons à réaffirmer notre politique d’achat.

Cette réaffirmation du soutien à l’agriculture locale va-t-elle alourdir le budget dédié à l’achat de denrées alimentaires ?
CB :
Le Département consacre environ 5,3 millions d’euros par an pour assurer la fabrication de 1,9 million de repas servis chaque année scolaire dans les collèges publics du Doubs. Notre objectif n’est pas de dépenser plus, mais de continuer à mieux orienter ces achats. Aujourd’hui déjà, 1,5 million d’euros sont consacrés aux produits locaux.

Vous affirmez que le Département n’achètera pas de produits alimentaires qui ne respectent pas strictement les standards sanitaires, environnementaux et sociaux, français et européens : est-ce déjà le cas ?
CB :
Dans les faits, nous sommes déjà dans cette logique depuis plusieurs années. Grâce aux outils de traçabilité et à la plateforme Agrilocal, nous savons précisément d’où viennent les produits. Aujourd’hui, les produits provenant de pays hors Union européenne représentent environ 4,9 % des achats. La position du Département est donc claire : nous privilégions des produits qui respectent les standards français et européens.

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Pouvez-vous donner des exemples de produits ?
CB :
Dans les collèges, nous travaillons déjà avec des produits issus de notre territoire : viandes, produits laitiers, fromages, yaourts ou encore légumes de saison. Nous avons fixé également l’objectif, à nos chefs de cuisine des collèges, de proposer au moins un repas composé de produits locaux chaque semaine. C’est une manière simple de valoriser nos productions et de sensibiliser les élèves à ce qu’ils mangent.

Des produits issus de filières qui ne répondent pas strictement aux standards sanitaires, environnementaux et sociaux français et européens ont-ils été retirés ? Lesquels et combien ?
CB :
Pas à ce jour, mais nous sommes clairs dans nos choix et nos chefs de cuisine sont vigilants dans leurs achats.

Pouvez-vous expliquer ce qu’est le groupement d’achats territorialisés, lancé au 1er janvier ?
CB :
Le groupement d’achats territorialisés permet d’organiser les achats des collèges de manière plus efficace tout en facilitant l’accès des producteurs locaux à la commande publique. L’idée est simple : rapprocher l’assiette des élèves des fermes du territoire. C’est un outil concret pour développer les circuits courts, soutenir l’agriculture locale et garantir des produits de qualité dans les cantines. Cela concerne la viande et les produits laitiers.

La position du Doubs s’aligne-t-elle sur d’autres départements ? Ou au contraire, le Département fait-il figure d’exception ?
CB :
De nombreux Départements en France s’engagent aujourd’hui dans des démarches similaires, parce que la question de la souveraineté alimentaire et du soutien à l’agriculture locale est devenue centrale. Et les Départements, de par leurs achats, ont un rôle de premier plan à jouer dans la promotion de l’achat local. Dans le Doubs, c’est une évidence : nous sommes un territoire agricole et nous voulons que cela se traduise dans nos politiques publiques, notamment pour la restauration scolaire.

En chiffres :

  • 1,5 million d’euros : le budget consacré aux produits locaux
  • 24 % (au-delà des 20 % prévus par la loi) de produits bio
  • 42 % de produits sous signe officiel de qualité et d’origine (S.I.Q.O.)
  • Entre 140 et 150 producteurs travaillent avec le Département.