Héritier d’une longue tradition familiale de peintres, Roland Nonnotte exerce son art depuis plus de 70 ans. L’entreprise qu’il a transmise à ses enfants et petits-enfants s’est spécialisée dans la réfection des monuments historiques.

C’est le patriarche de la famille. Le “Rol”, comme le surnomment ses petits-fils avec une affection teintée de respect, reste l’âme vivante de l’entreprise familiale. À 84 ans, Roland Nonnotte veille encore avec soin sur les destinées de cette société bisontine fondée en 1878, ce qui fait d’elle une des plus anciennes entreprises de Besançon.

S’il a transmis officiellement les rênes à sa fille Sandrine il y a déjà un bout de temps, il ne manquerait pour rien au monde le démarrage d’un chantier ou les discussions avec les institutions publiques au moment de négocier les modalités administratives et financières d’un dossier de rénovation. De toute façon, il le dit lui-même : “Je ne peux pas rester 24 heures chez moi…” sourit l’alerte octogénaire qui célèbre donc ses 70 ans de métier. Lui qui dès l’âge de 12 ans pendant ses vacances scolaires venait déjà donner des coups de main à son père et à son oncle dans l’atelier du chemin de Plainechaux, dans le quartier des Prés-de-Vaux où Roland a grandi.

Roland Nonnotte prend la pose sur le chantier de rénovation en cours du mobilier de l’église de Fontain.

C’est d’ailleurs pour les anciennes soieries, remplacées ensuite par l’usine Rhodia-Ceta que l’entreprise de peinture travaillait à l’époque. “À l’école, 90 % des élèves étaient des enfants d’ouvriers des soieries. Nous avions beaucoup de chantiers de rénovation des appartements des salariés des soieries. Quand l’usine a fermé dans les années cinquante, avant d’être remplacée par la Rhodia, on a traversé pas mal de difficultés” se souvient Roland Nonnotte. L’atelier s’est alors tourné vers un autre marché porteur : la création de vitrines aux lettres peintes, sur faux bois pour les boulangeries, sur faux marbre pour les boucheries. Ce marché florissant, ajouté à l’arrivée de l’usine Rhodia pour laquelle l’atelier Nonnotte a beaucoup travaillé, a redonné un nouvel élan à l’entreprise. Entre-temps, Roland a peaufiné son apprentissage (notamment aux beaux-arts et en gestion d’entreprise), est revenu du service militaire (18 mois en Allemagne et 6 mois en Algérie), et a contribué à assurer la bonne marche de la société familiale aux côtés de ses ascendants.

En 1973, son père Louis part en retraite, c’est à Roland que revient la responsabilité de reprendre les rênes de l’entreprise. C’est aussi dans ces années-là que l’atelier de peinture prend un nouveau virage en se spécialisant dans la restauration des monuments historiques. “Nous avions eu un chantier à faire au Grand séminaire, rue Mégevand. Je suis devenu membre de la commission d’art sacré du diocèse, c’est comme ça que nous nous sommes orientés vers la restauration des monuments historiques” rappelle-t-il. La réputation de l’Atelier Roland Nonnotte a rapidement dépassé les frontières locales et les chantiers se sont succédé : le mobilier intérieur de nombreuses églises de la région est passé entre les mains expertes des peintres de chez Nonnotte, le Temple Saint-Martin à Montbéliard, l’escalier d’honneur de la préfecture à Besançon, des salons du ministère de la Culture à Paris, etc. “Un des chantiers qui m’a le plus marqué, c’est la rénovation de l’atelier de Louis Pasteur à Arbois, un lieu tellement chargé d’histoire” se souvient M. Nonnotte.

Le peintre expérimenté n’est jamais resté insensible à l’atmosphère qui se dégage quand il travaille dans des édifices religieux. “Un jour, on restaurait une vierge avec un de mes petits-fils. En grattant l’œuvre, on a découvert les yeux du Christ et de la Vierge, des pupilles qui nous ont transpercés, j’en ai encore des frissons” dit-il avec émotion et presque dévotion à un métier où “on ne s’ennuie jamais, où la routine n’existe pas” ajoute celui qui, officiellement retiré de l’entreprise depuis bien longtemps déjà, fait office de conseiller technique.

S’il n’a plus de fonction officielle dans l’entreprise familiale, Roland Nonnotte transmet sans relâche son savoir-faire à ceux qui continuent à écrire l’histoire de la saga Nonnotte, sa fille, ses petits-fils et ses petits-neveux. Pour lui, la transmission de ces valeurs (et la convivialité), c’est l’essentiel de sa vie. “L’expérience, c’est le long chemin parcouru qu’on emprunte pour prendre le chemin qu’il nous reste à parcourir…” C’est sur ces paroles que nous quittons Roland Nonnotte, sous l’œil respectueux de ceux qui l’accompagnent ce jour-là dans la petite église de Fontain, à laquelle l’Atelier Nonnotte est en train de redonner tout son lustre. À voir leur nouvel éclat, on dirait presque que les statues et les retables lui sont, eux aussi, reconnaissants…


Cet article vous est proposé par la rédaction de La Presse Bisontine
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