Avec cinq vagues de chaleur subies coup sur coup depuis le début de l’été, les sols, les rivières et les forêts du Haut-Doubs suffoquent. Le débit du Doubs n’a jamais été aussi bas à la même époque qu’actuellement. Cette situation critique a des conséquences sur tout l’écosystème du Haut-Doubs, de son activité économique à son agriculture, en passant par l’état des forêts ou le tourisme dont dépend en partie la vitalité de notre territoire de moyenne montagne. Dossier.

Doubs - Le débit des rivières n’a jamais été aussi bas à cette époque

À l’image du Doubs en amont de Montbenoît ou à hauteur de Villers-le-Lac, les rivières du département ont un débit équivalent à ce qu’il était mi-octobre 2018, le plus bas jamais enregistré. Inquiétude des autorités

Si le plus chaud de l’été est on l’espère derrière nous, les autorités préfectorales qui gèrent la question de l’eau ne sont pas pour autant rassurées. Le département du Doubs est en état de crise, le plus haut niveau de vigilance, depuis le 17 juillet, après être passé depuis juin par les deux états précédents, à savoir alerte et alerte renforcée. L’état de crise n’avait jamais été prononcé aussi tôt (à titre de comparaison, il l’avait été le 9 août en 2018). L’indice d’humidité des sols est en record bas depuis mi-juillet, avec une valeur inférieure à 0,2 au record jamais atteint.

Le niveau du Doubs a un mois et demi d’avance sur la situation de 2018 qui était une année record pour la faiblesse du débit de la rivière. Inquiétant…

Le débit des rivières, lui, n’a jamais été aussi bas à cette époque. Fin août, ces débits des cours d’eau du département sont à des niveaux équivalents à ceux du 10 octobre 2018, année, on s’en souvient où on avait retrouvé au fond des bassins du Doubs à Villers-le-Lac les vestiges d’anciens moulins. “On a donc un mois et demi d’avance par rapport à 2018, et c’est bien pire encore qu’en 2003” résume Erwan Le Barbu, responsable de l’unité Prévention des Risques et Ouvrages Hydrauliques à la Direction départementale des territoires (D.D.T.) du Doubs qui participe toutes les semaines ou tous les quinze jours à la cellule sécheresse qui se tient à la préfecture du Doubs.

Le niveau crise est donc le niveau d’alerte ultime. Si la situation venait encore à empirer dans les prochaines semaines, des décisions extrêmes pourraient être prises par les autorités comme l’interdiction pour certaines industries d’utiliser de l’eau ou l’obligation pour certaines communes de baisser le niveau de pression de leurs réseaux d’eau au robinet. “L’alimentation en eau potable n’est pas pour autant menacée rassure la D.D.T., et les livraisons d’eau en camions-citernes restent limitées à certaines petites communes, celles qui ne sont pas interconnectées. La plupart des communes ne présentent pas de risque concernant l’eau potable.”

Malgré tout, dans certains secteurs comme Quingey, on est en train de rechercher d’autres choix comme la réactivation d’anciens puits de forage abandonnés. Depuis le 18 août, dans cette basse vallée de la Loue, le syndicat des eaux de Quingey ne peut plus alimenter le S.I.E. de la Chassagne qui s’approvisionne à 100 % en camions-citernes. Du côté du syndicat de Dommartin, branche de Levier, le citernage est toujours nécessaire au réservoir de Grange-Maillot à Levier, ainsi qu’au réservoir de Septfontaine fin août. À l’échelle du Grand Besançon, la source d’Arcier connaît un débit très bas, compensé par une augmentation des prélèvements dans la Loue (dans la limite de l’autorisation préfectorale).

Aucune rivière du Doubs n’est épargnée par la faiblesse des débits. Et même les barrages qui servent habituellement à réguler le débit en aval ne peuvent plus remplir leur fonction, à l’image du barrage du Châtelot à la frontière franco-suisse à Villers-le-Lac. “On se rapproche dangereusement de la situation de 2018, voire pire s’il ne repleut pas suffisamment en septembre.” Dans ce contexte, les restrictions se multiplient : pour les particuliers et les villes qui ne peuvent plus prélever d’eau du réseau pour arroser (Besançon prélève dans ses cuves pour irriguer ses massifs de fleurs), pour les stations de lavage qui doivent rester fermées si elles ne sont pas autonomes en eau et en circuit fermé, ou pour les quatre golfs du département qui n’ont plus le droit que d’arroser leurs greens. La D.D.T. veille au grain et organise des contrôles.

Seule relative bonne nouvelle pour nos cours d’eau : avec le retour d’une relative fraîcheur, la vie aquatique reprend vite ses droits. Les travaux en rivière qui avaient été interdits il y a quelques semaines (travaux sur les berges, micro-centrales électriques) sont à nouveau autorisés. Mais le Doubs reste en état de crise au moins jusqu’à la prochaine cellule sécheresse qui devait se tenir le jeudi 3 septembre.