Bateliers, restaurateurs, activités nautiques… Tous ces professionnels vivent en partie grâce aux bassins du Doubs. Pour eux, l’état du Doubs cause une perte sèche de leur activité.

Jeudi 20 août, début d’après-midi, devant le Chantier naval francosuisse, siège de la compagnie des bateaux de la famille Michel à Villers-le-Lac. Un petit panneau annonce la prochaine croisière à 14 h 30. Il est 14 h 20, le petit kiosque d’accueil est vide, pas un touriste à l'horizon…

Pire que 2021, 2022 et 2023, l’été 2026 aura été celui d’une sécheresse particulièrement précoce sur les bassins du Doubs.

Quelques centaines de mètres plus loin, dans le grand kiosque de l’autre compagnie Les bateaux du Saut du Doubs gérée par la famille Droz-Bartholet, il n’y a pas foule non plus. L’hôtesse Aurore le reconnaît : c’est calme. Et pour cause : depuis plusieurs semaines, les deux compagnies fluviales sont contraintes d’organiser des convois de voitures pour guider les clients jusqu’au site des Vions, le chemin d’accès pédestre au site du Saut du Doubs pour rejoindre le bateau qui les attend au débarcadère pour un petit tour des derniers bassins d’une durée de 45 minutes.

En temps normal, le circuit part du centre de Villers-le-Lac pour 30 minutes de croisière aller, suivi d’une découverte du site du Saut du Doubs d’1 h 15, avant la croisière retour de 30 minutes. Bien sûr, les croisières au rabais proposées cet été ne sont pas du goût de tous les touristes qui déchantent en voyant l’état du Doubs et la disparition temporaire de la célèbre chute d’eau. “Beaucoup de touristes ne cachent pas leur déception, reconnaît un des croisiéristes. Et des croisières prévues sont annulées à la dernière minute.”

Depuis la mi-juin, les bateaux français comme suisses ne peuvent plus démarrer de Villers-le- Lac ou des Brenets.

Les compagnies s’adaptent et ajustent leur tarif : 15 euros au lieu de 19 euros chez Droz-Bartholet, 9 euros au lieu de 17 chez Michel. Insuffisant évidemment pour équilibrer économiquement une saison à marquer d’une croix noire. Comme ce fut déjà le cas en 2021, 2022 et 2023, mais en pire cette année.

L’activité était à ce point au ralentir que la compagnie Michel a dû se résoudre à fermer ses portes la dernière semaine d’août. “Du jamais vu en plus de 50 ans de navigation ! déplore sa patronne Muriel Michel. Pour les mois de juillet et d’août, la baisse d’activité a atteint les 80 à 85 % par rapport à l’an dernier” indique la responsable qui n’organisait plus que deux allers et retours de bateau par jour contre cinq en saison normale. Fin août, les deux compagnies attendaient avec impatience le retour de la pluie…

Du côté des hôtels-restaurants, le sentiment est également mitigé. Direction le hameau des Pargots à un jet de pierre de la frontière suisse. Un des atouts majeurs du site : sa vue imprenable sur les bassins du Doubs, depuis la salle comme depuis la terrasse, ou des balcons de ses 14 chambres. “On entend régulièrement les touristes nous dire : “Ça serait quand même plus beau avec de l’eau !” Mais hélas on n’y peut rien ! C’est bien dommage. On avait de l’eau en 2024 et en 2025, mais les trois années précédentes c’était déjà la sécheresse, on ne peut que subir” déplore Daniel Favet, qui gère l’Hôtel des Cygnes avec Catherine Faivre.

L’établissement estime la baisse de fréquentation à 10 % depuis le mois de juin. “Mais peut-être plus que la situation des bassins, c’est surtout une baisse de pouvoir d’achat des gens qu’on a constatée cet été” ajoute M. Favet qui a toutefois tiré son épingle du jeu grâce aux groupes, aux fêtes de famille, à la terrasse qui attirait quand même du monde les soirs d’été, et aux plats à emporter que le restaurant propose toujours. Et grâce à la clientèle suisse qui représente jusqu’à 60 % de la clientèle, notamment les week-ends. “Avec tout ça, on limite quand même la casse” ajoute l'hôtelier-restaurateur qui garde le sourire.

À l’Hôtel des Cygnes à Villers-le-Lac, on sirote un verre sur la terrasse surplombant une étendue verte.

Sur le site même du Saut du Doubs, le kiosquier emblématique des lieux baptisé le Loup solitaire affiche cet été une baisse de 20 % de son chiffre d’affaires habituel. Un été à oublier pour l’économie touristique de la commune frontalière.