Les 900 poules d’Élodie Dornier sont logées dans deux poulaillers mobiles régulièrement déplacés aux beaux jours. Des conditions d’élevage très éloignées des poulaillers hors-sol, un aliment sur-mesure : ces paramètres expliquent sans doute l’attachement de la clientèle à ces oeufs fleurant bon le terroir du Val d’Usiers.
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Au royaume des A.O.P. fromagères, il n’est pas toujours facile d’être l’invité au festin surtout quand l’invitée se décline au féminin. Après son B.T.S. agricole obtenu en 2007, Élodie Dornier a d’abord travaillé au service de remplacement dans l’espoir de trouver sa place dans un élevage bovin ou de s’installer en caprin. Sauf qu’elle n’était pas forcément la bienvenue sur les différentes exploitations où elle a posé candidature. “J’ai travaillé dans l’agroalimentaire le temps de trouver un projet agricole qui corresponde à mes envies et à mes moyens.”
La solution prendra la forme d’un élevage avicole. Après une première tentative qui finira par avorter, elle se lance finalement en 2021 dans l’exploitation d’un élevage de 250 poules en optant pour le statut de micro-entrepreneur. “Les élevages de cette taille ne sont pas tenus d’avoir un agrément sanitaire. Il suffit de tamponner les œufs et de travailler en vente directe”, explique la jeune avicultrice qui écoulera une partie de sa production sur les marchés locaux, notamment le jeudi et le samedi matin à Pontarlier.

Cette situation provisoire se formalise le 1er mars 2023 quand Élodie Dornier opte pour le statut d’avicultrice à part entière. Elle s’engage dans le métier avec un cheptel de 900 poules, ce qui reste très artisanal au regard de la plupart des autres élevages. “Au départ, j’ai aménagé un ancien bâtiment agricole en poulailler qui a aussi fait l’objet d’un agrandissement. J’ai élevé un seul lot dans cette structure”, poursuit celle qui finira par changer de modèle. En mai 2025, elle investit dans deux poulaillers mobiles. Fabriqués en Allemagne, ces “Farmers mobiles” sont équipés pour une totale autonomie avec un stockage d’aliments, une réserve d’eau, des panneaux solaires produisant l’énergie pour mettre en route la chaîne d’alimentation, les lumières et le tapis qui récupère les œufs.
Comme dans tout élevage, Élodie Dornier respecte des règles de biosécurité très strictes. Tout est organisé pour éviter les risques de contamination venant de l’extérieur. À chaque renouvellement du lot de poules, programmé tous les 18 mois, l’avicultrice procède à la désinfection des installations. Combien d’œufs peuvent produire 900 poules ? “Il faut compter environ 5 œufs par semaine pour une poule.” La production du poulailler du Val d’Usiers reste très localisée : les marchés de Pontarlier, quelques restaurants assez haut de gamme, des établissements scolaires et des commerces alimentaires. “Je viens d’installer un distributeur à l’entrée de la boutique Chouette Éthique dans l’ancienne commune de Bians-les-Usiers. Les œufs sont conditionnés en boîtes de 6 ou 12. L'appareil contient 32 casiers.”
Pour nourrir ses poules, Élodie Dornier a sollicité la minoterie Dornier pour composer une formule sans additif ni colorant. “Jusqu’à Noël, je n’avais pas franchement ressenti une forte demande mais les choses ont évolué à partir du mois de janvier. On ressent davantage la hausse de la demande.” La production d’œufs dans une structure comme la sienne demande encore beaucoup d’opérations manuelles notamment au centre de conditionnement où les œufs sont mirés, calibrés et tamponnés. “On mentionne le code du producteur. Ce n’est pas obligatoire d’indiquer la date de ponte sur les œufs. Je le fais sur les boîtes.”
La date limite de conservation d’un œuf est de 28 jours. Deux calibres d’œufs 53-63 mm et 63-73 mm sont commercialisables en France. Les trop gros ou trop petits partent comme ingrédients dans la fabrication de produits alimentaires comme les pâtes. “Je ne subis pas la pénurie mais la pénurie attire davantage de clients sur le marché qui espèrent trouver des œufs plus facilement. Même si la demande est là, je n’ai pas l’intention d’avoir plus de poules qu’aujourd’hui. Je tiens à rester à la tête d’un élevage à taille humaine” dit-elle.
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