Un peu plus d’un an après le lancement des travaux de reconfiguration du lit du Doubs à l’amont du pont d’Arçon, l’E.P.A.G.E. Haut-Doubs Haute Loue qui pilote ce chantier test mesure déjà les effets positifs sur le fonctionnement physique de la rivière. Il reste encore tout un travail de plantation d’arbres à faire cet automne.

Le contraste est assez saisissant à quelques centaines mètres près de part et d’autre de ce pont. À l’aval, c’est un cordon désertique qui s’offre au regard et cette scène de désolation s’étend sur des kilomètres. La rivière karstique est à sec, son lit aujourd’hui trop large est parsemé de multiples fuites qui avalent l’eau pour la restituer beaucoup plus loin dans la Loue.

En amont du pont, le spectacle est tout autre et beaucoup plus aquatique. Le Doubs contenu dans un lit moins large s’écoule toujours sinuant langoureusement entre les “banquettes” qui guident désormais son cours.

“Sur le plan purement physique du tracé tel qu’il a été redessiné, on est plutôt satisfait. C’est un constat visuel qui n’a pour l’instant aucune valeur scientifique. La suite du chantier inclut différents suivis sur les débits, sur la qualité de l’eau, de la population d’insectes, des poissons. Ces suivis se prolongeront sur trois ans”, explique Cyril Thévenet, le directeur de l’E.P.A.G.E. venu dresser un premier constat sur place en compagnie d’Olivier Billot, le nouveau président du syndicat qui a pris la succession de Philippe Alpy le 1er juin.
Cyril Thévenet le directeur de l’E.P.A.G.E. Haut-Doubs Haute Loue et son président Olivier Billot sont tous les deux satisfaits des travaux engagés pour reméandrer le Doubs entre sa confluence avec le Drugeon et le pont d’Arçon.
“Les élus sont également satisfaits de cette réalisation et du pilotage des travaux. On va se laisser cinq ans d’analyses avant de poursuivre la suite du programme, c’est-à-dire poursuivre des travaux similaires jusqu’à Entreroches.”

Un certain respect du rythme naturel s’impose pour mesurer ou pas les bienfaits des aménagements de ce type. Le phénomène de l’assèchement du Doubs après Arçon a toujours existé mais il était plus court et plus localisé avant qu’on observe vraiment les premiers impacts du réchauffement climatique et ses sécheresses à répétition.

L’E.P.A.G.E. Haut-Doubs Haute Loue a engagé les premières études à partir de 2018 sur un tronçon de 23 km entre la confluence du Doubs avec le Drugeon et le défilé d’Entreroches. “Il s’agissait d’entreprendre une analyse complète du cours d’eau, d’identifier les pertes, les dysfonctionnements physiques…” Après la restitution de l’étude en 2021-2022, décision a été prise de travailler sur un premier tronçon-test de 3,5 km entre le pont d’Arçon et la confluence.

“On a redessiné en quelque sorte le lit de la rivière grâce à l’apport de 15 000 m3 de matériaux alluvionnaires récupérés alentour sur des chantiers, dans des carrières. Avec le temps, le lit du Doubs s’était élargi et le fond s’était décapé jusqu’au karst”, rappelle Olivier Billot.

Le choix d’intervenir sur une partie seulement des 23 km relève aussi de considérations financières pour un projet dont le coût global est estimé à 8 millions d’euros, bien loin des capacités d’intervention de l’E.P.A.G.E. Haut-Doubs Haute Loue. Le principe du reméandrement consiste à réduire pratiquement de deux tiers la largeur du lit disponible à l’étiage en évitant les principales failles, la technique étant alors de poser ces fameuses banquettes associant des blocs et différents calibres de matériaux qui seront ensuite reconquis par la végétation.

“On veut conserver le même volume d’eau sur un linéaire plus long. C’est l’objectif.”

Olivier Billot rappelle aussi qu’il a fallu conventionner avec une cinquantaine de propriétaires pour que les engins puissent intervenir. Le chantier a débuté au printemps 2025 et se terminera à l’automne prochain avec la plantation de centaines de saules et d’aulnes pour recréer une ripisylve, c’est-à-dire un cordon végétal de part et d'autre du Doubs. “Cela apporte de l’ombre et des caches pour toute la faune piscicole.”

Le coût du chantier s’élève à environ 1 million d’euros subventionné à hauteur de 80 % par l’Agence de l’eau.