Augustin Guillot a ouvert il y a un an un cabinet dans le quartier des Cras, à Besançon. Il y propose une méthode originale d’accompagnement pour les enfants et adultes confrontés à des difficultés de lecture et d’écriture, au sein du réseau d’orthographothérapie CAP’éLOdys.
Souvent considéré comme une langue exigeante à maîtriser, le français peut se montrer tortueux. Et cet ancien professeur, agrégé de lettres, le reconnaît volontiers : “Quand l’orthographe française s'est progressivement fixée à partir du XVIème siècle, elle n’a pas forcément cherché à refléter les sons de la langue parlée.” Si bien que le rapport entre ce que l’on entend et ce que l’on écrit s’en trouve compliqué. “En français, un même son peut s’écrire de plusieurs façons, et un même groupe de lettres ne se prononce pas toujours de la même manière”, rappelle Augustin Guillot, qui propose avec sa méthode de faire “un pas de côté.”

Car si l’apprentissage de la lecture à l’école, essentiellement basé sur la méthode syllabique, permet souvent d’acquérir les bases utiles à la maîtrise de la langue, dans certains cas, elle fait face à des blocages. Plus particulièrement chez les personnes souffrant de troubles “dys”. C’est alors qu’il devient utile de changer d’approche selon lui.
Confronté au cours de ses années passées dans l’Éducation nationale à la difficulté de prise en charge des élèves qui ne savent pas lire et écrire, Augustin Guillot a décidé de pousser un peu loin le sujet, en s’enquérant des initiatives existantes. “J’ai fait la rencontre du directeur de l’école de Maîche d’alors, Jacques Delacour, qui avait développé une pratique très efficace avec ses élèves. Je suis aussi allé dans la classe de Céline Sauvageot, à Dijon, qui a quitté peu après son école pour créer le réseau d’orthographothérapie CAP’ÉLOdys, qui compte aujourd’hui une centaine de cabinets en France. J’ai été assez vite convaincu.”
Leur approche, fondée sur des travaux de linguistes et de praticiens, combine la graphie, l’orthographe et l’écriture au service de la lecture. “L’idée est de ne travailler non plus le décodage, mais l’encodage”, explique Augustin Guillot. En clair, on ne commence pas par faire lire ou décrypter, mais par attribuer un codage orthographique aux sons porteurs de sens afin de pouvoir, après cette action, lire les mots codés visuellement. “On va construire un stock orthographique qui va permettre, quand on a encodé un mot d’y avoir accès directement.”
La méthode s’appuie sur un tableau sur lequel sont représentées toutes les façons dont on rencontre un son, mais aussi d’autres outils pour apprendre la grammaire et gestualiser l’apprentissage. “On utilise beaucoup le corps, cela participe de la mémorisation.”
En un an, l’ex-inspecteur qui aspirait à retrouver son rôle de pédagogue a pu voir les bénéfices. “Les enfants que je reçois sont souvent en rupture avec l’école. Cela les sort d’une spirale de l’échec.” Les séances, qui durent une heure, en présence pour les plus jeunes d’un parent, se prolongent en pratique à la maison et contribuent souvent à plus de sérénité dans le cadre familial.

“Chez les collégiens, il y a parfois davantage de réticences, car les choses sont déjà plus installées”, admet Augustin Guillot. Pourtant les besoins sont là : un élève sur quatre entrant en 6ème a une difficulté à l’écriture ou la lecture, selon les évaluations nationales de 2024.
Le Bisontin a déjà accompagné 35 personnes âgées de 4 à 72 ans, venues parfois de loin : Pontarlier, Montbéliard ou même Baume-les-Dames, dont il a été le maire. La prise en charge, pédagogique et non médicale, est facturée 60 euros la séance, non remboursée (ou seulement en partie par certaines mutuelles). Seul cabinet CAP’ÉLOdys du Doubs pour l’heure, il devrait bientôt être rejoint par deux autres antennes à Pontarlier et Besançon. Trois personnes sont actuellement en formation, dont une enseignante qui souhaite appliquer cette méthode auprès d’élèves en classe U.L.I.S.
