Pour la plupart des Français, son visage et sa voix rocailleuse renvoient au personnage du méchant dans la série Lupin. Mais pour ceux du Haut-Doubs, Hervé Pierre, c’est le gamin qui a foulé pour la première fois les planches dans la salle Sainte-Thérèse aux Fins, dans les années 1960. Des hauteurs du village, jusqu’à la scène de la Comédie- Française, l’enfant du pays est devenu un immense comédien.

La tête dans le Haut-Doubs, les pieds dans la Nièvre - là où il a élu résidence - et le corps offert à ses innombrables rôles, Hervé Pierre n’a jamais coupé ses racines avec Les Fins. “J’ai des souvenirs d’immenses hêtres où on construisait des cabanes dans la forêt au-dessus de Villers-le-Lac, ce sont des éblouissements que je n’ai jamais oubliés”, songe le comédien. Loin, très loin d’adopter une fausse attitude snob teintée de parisianisme, Hervé Pierre rend au contraire hommage à ses terres natales, celles-là mêmes qui ont déclenché et nourri sa vocation pour le théâtre.

Hervé Pierre célébrera en 2027 ses 50 ans de métier aux Fins

À 9 ans, il monte sur scène dans la toute nouvelle salle Sainte-Thérèse, sous l’impulsion de tout le village et de l’abbé Querry, passionné de cinéma. “Je ne pensais absolument pas à la Comédie-Française, à ce moment-là, c’était trop loin, géographiquement et mentalement.” Ce sera le début de son voyage artistique. D’abord à Pontarlier où il intègre le club de théâtre du lycée, il y rencontre d’ailleurs le peintre Charles Belle. Sous la direction de Pierre Louis, il jouera début des années 1970 La Cruche cassée de Kleist pour les Nuits de Joux - “première fois que je jouais dans la cour d’honneur du château”, ou encore L’île aux esclaves de Marivaux. C’est d’ailleurs une scène de cette pièce qu’il présentera au concours pour entrer à l’école du Théâtre National de Strasbourg.

Il y passera trois ans avant de créer en 1977 avec sa promotion le Théâtre du Troc. “Le T.N.S. véhiculait un certain nombre de valeurs liées à la troupe, on prend conscience qu’on est dans une chose d’ordre collectif. Et j’avais une inquiétude de quitter mon village des Fins pour la capitale.”

Son esprit de troupe le conduira naturellement à la Comédie-Française mais sur le tard. “On m’a proposé deux fois d’intégrer la troupe, j’ai refusé la première fois. À l’époque, j’étais en complicité avec des chefs de troupes, je ne voyais pas la nécessité de quitter une troupe pour une autre.” En 2007, à 52 ans, il entre comme pensionnaire de la Comédie-Française avant de devenir le 522ème sociétaire en 2011. “L’occasion s’est présentée pour travailler une pièce de Claudel que je n’avais jamais travaillée, le Partage de Midi, mise en scène par Yves Beaunesne, avec Marina Hands, Éric Ruf et Christian Gonon.” Il restera dans la troupe parisienne jusqu’en 2022.

Hervé Pierre a tout joué ou presque. Ses auteurs favoris ? Jean-Luc Lagarce, qu’il a d’ailleurs rencontré au château de Joux à l’occasion du spectacle Les années d’absinthe en 1976. “J’ai découvert profondément son écriture, qui est comme une radiographie de notre époque avec une délicatesse et une profondeur qui font que toutes les générations qui suivent sauront s’emparer de cette écriture universelle.” À l’autre bout du spectre, le comédien aime Shakespeare, là aussi pour son écriture d’une “profondeur incroyable, il y a du cosmique.” S’il admire autant ces auteurs, c’est qu’il sait que lui, n’est pas taillé pour l’écriture. “Ce qui me définit, c’est d’être acteur, à partir de cet endroit que je connais un peu mieux, c’est-à-dire moi-même. J’ai cette capacité d’écrire avec mon corps, ma voix, d’incarner le verbe.”

Après plus de 50 ans de métier, Hervé Pierre continue d’enchaîner les projets. Un en particulier le ramène dans son village natal. C’est là qu’il a décidé de fêter son jubilé en 2027. “On vieillit trop vite, c’est assez effrayant, j’ai l’âge de mes parents, de faire le bilan. Le temps passe, le temps est passé, j’ai fait des rencontres extraordinaires, il faut faire une grande fête.” Très tôt, Hervé Pierre dira, lorsque sa vocation est née, que le théâtre représente pour lui l’art de la joie. “Ça ne veut pas dire le côté divertissement, mais prendre à bras-le-corps le tragique avec joie, être en vie et partager cette aventure extraordinaire, raconter des destins. Jusqu’à nos maisons oniriques que sont les théâtres, on pratique l’art de la joie. J’ai envie d’un jubilé jubilant, réjouissons-nous au moment où la guerre est partout, où on est assailli par la violence, la radicalité, la montée des extrêmes.”

Artisan de la joie, Hervé Pierre a placé son jubilé intitulé Jubilez ! sous le signe de la joie. Et l’endroit le plus juste est celui où il a mis pour la première fois les pieds sur les planches. Lors des week-ends de septembre 2027, le jubilé conviera le tissu associatif autour de spectacles célébrant les arts vivants. L’occasion aussi de célébrer l’enthousiasme des troupes de village qui perdure, l’envie aussi du comédien de lancer ce message aux jeunes générations : “Venez réinventer le théâtre dans ce lieu, cette salle Sainte-Thérèse qui, demain, pourrait disparaître.”


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