À l’heure de la retraite, Sylvane Casademont s’est replongée dans les cahiers écrits par son grand-père, retraçant la vie de cet homme originaire de Flangebouche, de la fin du XIXème siècle au milieu du XXème siècle. De ces écrits, l’historienne en a tiré un livre, Les cahiers de Paul. Un récit tout à la fois personnel, historique et sociologique

Il lui aura fallu attendre 50 ans. Le temps de vivre une vie professionnelle bien remplie. C’est à l’heure de la retraite, fin 2023, que Sylvane Casademont, historienne de formation, a rouvert les cahiers écrits par son grand-père.

“J’avais 13 ans quand il est mort. Vers 16-18 ans, ma mère me donne un carton rempli de cahiers de mon grand-père”, retrace-t-elle.
Sylvane Casademont offre, grâce à une écriture à quatre mains, la sienne et celle de son grand-père, un récit personnel, historique et sociologique sur la vie quotidienne dans le Haut-Doubs et Besançon.

Instituteur, originaire de Flangebouche d’une vieille famille comtoise - son père était boulanger, cultivateur et marchand de vin - dans une famille de « rouges », Paul a couché sur papier le récit de sa vie quotidienne dans 47 cahiers. Né à la fin du XIXème siècle, l’homme a vécu les grands bouleversements du XXème siècle et notamment la Première Guerre mondiale en tant que soldat. “Il écrivait tous les jours, il a beaucoup écrit sur l’actualité, sur une vingtaine de cahiers”, poursuit Sylvane Casademont. Une autre partie est consacrée à l’amour qu’il portait à Germaine, la grand-mère de Sylvane, alors que Paul était marié à Rosa, la sœur…

Lorsqu’elle les lit pour la première fois, la Sylvane adolescente, surprise par son style, s’enthousiasme à l’idée de faire publier la matière brute de ces cahiers. Dissuadée par sa mère, la jeune Sylvane laisse de côté ces cahiers alors qu’elle construit sa vie.

Cinquante ans plus tard, la Bisontine d’origine publie Les cahiers de Paul. Dans un récit tout à la fois intime et sociologique, elle mêle l’écriture de son grand-père, à la sienne, femme “du XXème siècle basculée dans le XXIème siècle, avec son regard de femme qui eut 12 ans en 1968, qui lut le manifeste des 343 dans le Nouvel Observateur, qui eut le droit d’avorter et le fit, qui ne se maria point et fut cependant mère, qui travailla toute sa vie et parvint à crever un petit coin du plafond de verre”, écrit-elle dans son prologue. “Il a fallu que j’interpénètre nos deux styles. Parfois, je n’avais rien à dire de plus que mon grand-père, parfois oui, sur ma grand-mère, la manière dont on éduquait les enfants etc.”, remarque-t-elle.

Si l’auteure retrace l’histoire familiale, elle imbrique aussi la grande Histoire, livrant des témoignages étonnants, notamment lors de la Première Guerre mondiale. “Mon grand-père a été mobilisé dans le 260ème régiment d’infanterie de Besançon. En 1915, son régiment a rejoint le général Sarrail sur le front d’Orient. C’est une période peu étudiée car elle a mauvaise réputation. Mon grand-père offre une vision inédite du front d’Orient, la vie quotidienne d’un soldat là-bas, confronté à la chaleur (50 °C) et au froid (- 30 °C). Il raconte de manière très factuelle, y compris les horreurs, même s’il ne s’est pas appesanti dessus.”

Blessé par les Bulgares - une balle a traversé son casque et l’a scalpé - le jeune Paul retourne à Besançon où il raconte la vie de dépôt au régiment. C’est là qu’il y retrouve Germaine, son grand amour. Anecdote cocasse, l’auteur Louis Pergaud, lui aussi soldat, mort en 1915, habitant à quelques kilomètres de Flangebouche, était le cousin par alliance de Germaine…
Tout à la fois photographie et biographie d’une époque, Les Cahiers de Paul offre une plongée dans les mœurs de la Franche-Comté au XXème siècle.