Formé à l’école Boulle, ce jeune trentenaire, petit-fils de Pierre Bichet, a vécu pendant une dizaine d’années à Paris avant de revenir dans le Haut-Doubs où il a trouvé matière à exprimer son style dans des oeuvres “sculptées” à l’encre douce, révélant son attachement à la nature jurassienne dans toute sa force émotionnelle. Rencontre

Difficile d’éviter la question de la filiation artistique quand on a un grand-père connu et reconnu pour avoir été sans doute l’un des plus emblématiques peintres des paysages jurassiens. “J’avais 14 ans quand il est décédé. Nous vivions dans la même maison. On se voyait pratiquement tous les jours et je passais souvent à son atelier mais pas quand il travaillait. Il n’a jamais cherché à me former au dessin ou à la peinture. J’ai aussi eu l’occasion dans ma jeunesse de visiter beaucoup de musées et d’expositions avec mes parents”, explique Simon Bichet en rappelant aussi qu’un de ses oncles qu’il n’a pas connu était très doué en dessin.

Après le succès de l’exposition organisée à la Maison de la Réserve, Simon Bichet projette de se consacrer pleinement à sa carrière artistique.

La fibre artistique fait sans doute partie du patrimoine génétique familial. À l’heure de choisir une orientation professionnelle, le lycéen Simon Bichet qui avait choisi une option artistique au Bac postule sur Parcoursup pour être architecte. En dernier vœu et pour se ménager une alternative, il se positionne aussi sur l’école Boulle à Paris. C’est finalement cette option qui se concrétise. “Je suis allé passer l’entretien en toute décontraction et j’ai été pris”, poursuit celui qui choisit de se former dans le travail du bronze.

Il apprend alors les techniques anciennes pour fabriquer toute sorte d’objets en mobilier, joaillerie. Quatre années plus tard, diplôme en poche, il décide de rester vivre à Paris. “J’y suis resté 11 ans et j’ai fait plein de métiers différents dans le social, l’art.” C’est pendant sa période parisienne qu’il s’offre un séjour au Mexique où, faute de pouvoir obtenir une autorisation pour travailler, il valorise son temps libre en se remettant au dessin. “J’ai pris beaucoup de plaisir à vivre dans l’effervescence parisienne. Pour autant, avec ma compagne, nous avons préféré venir nous établir dans le Haut-Doubs il y a deux ans” justifie celui qui fait des saisons à la station de Métabief. L’occasion pour ce papa d’un petit garçon de 2 ans de réinvestir l’atelier de son grand-père. “Au départ, j’ai eu l’impression de ne pas être à ma place, de n’avoir aucune légitimité d’occuper ce lieu” dit-il.

Le jeune peintre profite de la taille de cet atelier pour réaliser des œuvres de plus grand format, un support qui lui permet d’exprimer plus facilement son identité graphique. “Je dessine toujours et je me suis mis à travailler avec de l’encre douce. Cette matière est habituellement utilisée pour l’impression. Elle est relativement épaisse et on peut l’appliquer directement sur du papier ou de la toile avec une spatule ou du Scotch-Brite. Cette technique permet d’agir rapidement et d‘intégrer une certaine forme d’énergie dans l’œuvre. C’est physique et cela me plaît.” Ses thèmes de prédilection s’inscrivent dans son attachement au Haut-Doubs cultivé depuis sa plus tendre enfance. Il cherche à révéler l’intensité sauvage et la profondeur émotionnelle des paysages jurassiens. L’exposition qu’il a présentée récemment à la Maison de la Réserve de Labergement-Sainte-Marie est un vrai succès à tous les niveaux. “Les trois quarts des œuvres ont été vendues. Cela me conforte dans mon projet de vivre pleinement de mon travail artistique. J’ai toujours eu du mal à me vendre mais je vais essayer d’aller démarcher davantage pour trouver d’autres lieux d’exposition. J’aimerais aussi faire des choses avec d’autres artistes pour ne pas rester seul dans une bulle” conclut l’artiste pontissalien.


Cet article vous est proposé par la rédaction de La Presse Pontissalienne
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